Troisième étape : Ghardaïa, Tamanrasset, Agadez, 7h45 de vol
Le lendemain, je retrouve le Régent. Avant de mettre le cap sur In Salah, nous repassons sur Ghardaïa, ville si attirante.
Etape de désert s’il en est une, rien au sol qui puisse inspirer la fraîcheur. Par contre, une profonde admiration s’impose à la pensée de tous les pionniers et surtout de ceux de l’aéropostale. Le sol vu d’en haut ressemble à d’immenses feuilles jaunies dont les fines nervures seraient constituées par les oueds à sec évidemment. Les tons vont du blanc cassé (non pas cassis) à l’ocre et c’est féerique. Les V.O.R. et Radio-compas sont pratiquement nos seuls guides, la navigation à vue n’est pas évidente…
Cela me rappelle d’ailleurs les conseils avisés d’un vieux « broussard » qui a souvent pratiqué cette région avec des avions semblables aux nôtres et qui nous avait dit « attention après In-Salah, ne vous trompez pas car la piste qui va à Tamanrasset n’est pas celle que l’on pourrait croire et vous risquez de faire 90 degrés d’erreur au cap ». Je dois lui avouer que nous n’avons pas tellement cherché à repérer cette piste.
De puissants contreforts montagneux annoncent bientôt Tamanrasset, où nous nous présentons pour un atterrissage de précaution avec 25 Kts de vent travers. Les gens du contrôle nous accueillent de façon charmante, puis nous attendons la police. Sans l’accord de celle-ci nous ne pouvons ni partir, ni faire le plein. Là, rien à faire en attendant. Hormis la tour de contrôle, la piste et la soute à essence, il n’y a rien. Après avoir discuté de choses et d’autres avec le contrôleur du terrain, nous nous étendons à l’ombre famélique d’un arbuste et nous attendons.
La police arrive enfin avec à sa tête un inspecteur ressemblant à s’y méprendre à l’inspecteur « Columbo ». [photo]. Il est fort sympathique et plein d’humour. Les formalités sont expédiées en un temps record. Remarquant que ses collègues avaient tout simplement oublié de viser nos passeports à Constantine, il ne nous met rien pour la sortie afin que nous ne risquions pas ultérieurement d’être accusés d’entrée illégale.
Pendant ce temps, le vent soufflait encore plus. Sur le bord de la piste, l’épave d’un Pilatus, dernière victime en date du vent traversier, semble nous narguer. A celui qui désire se rendre là-bas, sache que le vent se lève vers 10 heures et dure jusqu’à 16 heures environ. Après un décollage très délicat, nous mettons le cap sur Agadez. Nous sommes au-dessus d’une brume sèche, fort épaisse, et ne voyons plus le sol. Je ne vous décrirai donc pas le paysage, mais ce dont je me rappelle fort bien, c’est que le vent nous donnait 20 degrés de dérive et qu’il fallait y croire car pendant près de deux heures de vol nous n’allions recevoir aucune balise.
Agadez
Nous descendons au V.O.R. sur Agadez, dont les maisons construites en boue séchée ne se distinguent guère du sol. Une piste de latérite nous attend, nous avons très peur pour les hélices. Surtout pour celle du Tiara, qui est en bois et donc très vulnérable aux cailloux. Une bonne chaleur est également au rendez-vous, 42 degrés. La police locale, montée sur deux mobylettes, se précipite et se livre à une fouille en règle de nos bagages et des pièces de rechange, sous l’œil goguenard du commandant de terrain et de ses acolytes. Ces derniers, d’une extrême gentillesse, mettent les avions à l’abri dans un hangar. Ils commandent ensuite une voiture pour nous amener à l’hôtel.
Nous débarquons donc à l’hôtel de l’Aïre. Je le conseille fortement au visiteur du Niger, amateur de “sensations fortes” et désirant approfondir sa “connaissance du pays”… Repos sur la terrasse, à la fraîche, il ne fait plus que 35 degrés !
Une promenade digestive nous fait ensuite tomber entre les pattes d’un indigène aux allures de Belphégor. Ce dernier nous emmène chez lui pour nous montrer une collection unique de sabres Touaregs « typiques ». Nous le suivons à travers un dédale de ruelles peu rassurantes. Grâce à nos lampes de poche, nous évitons de piétiner tous ceux qui, roulés dans leurs nattes, cherchent la fraîcheur sur le pas de leur porte. Des gamins nous suivent espérant quelques pièces ou cigarettes…
Nous arrivons enfin chez notre guide qui ouvre la porte de son logis. Il repousse dans le coin de la pièce les chèvres et la famille, fouille la paille, et sort enfin les merveilles tant attendues. Nous sortons, et à croupetons, s’entame le marchandage dont je vous ferai grâce. Après de longues discussions, nous faisons l’affaire. Bien qu’un peu honteux d’acheter, à aussi vil prix, une telle œuvre d’art. Le lendemain, en allant acheter des sandales, je me retrouve avec un autre sabre que je paye moitié prix de ceux de la veille. Nous quittons cette ville charmante, avant d’avoir découvert la fabrique de sabres anciens…
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