En attendant le jugement, nous sommes conduits dans un hôtel auprès duquel « la Santé » passe pour un palace… Il s’agit donc du « N’Goto Hôtel ». Un seau avec une eau croupissante pour les ablutions et un lit rappelant le « Trou Gamelin », sont les seuls mobiliers du lieu. Un frugal et rapide repas, avec des frites et de la bière, en compagnie du citoyen commandant d’aérodrome, qui est évidemment l’objet de nos soins les plus attentifs, clôt enfin la journée. Le lendemain, nous rongeons notre frein en contemplant le spectacle des livreurs d’eau qui roulent des fûts de deux cents litres sur une piste appelée avenue Itori.
En début d’après-midi surgit dans l’hôtel un Européen demandant les propriétaires des deux avions de tourisme. Il m’invite alors à me rendre chez lui pour arranger l’affaire. En chemin, j’apprends toute son histoire. C’est un Grec natif du coin, marié à une locale et n’ayant aucun espoir de trouver du travail en Europe. Comme gagne-pain, il a le titre de correspondant local de l’armée. Il me montre un magnifique poste H.F. qui lui permet de communiquer avec Kinshasa.
Épilogue et départ
L’occasion est trop belle et nous voilà donc partis expliquant l’histoire à Zoulou-one (indicatif radio de Kinshasa). Le cœur battant, j’attends une réponse. En guise de celle-ci, j’entends formuler une commande de poissons séchés, de haricots secs et de légumes. Je suis pour le moins surpris. Le Grec, hilare, a tôt fait de me fournir l’explication. La capitale est pauvre en denrées alimentaires et mon interlocuteur est disposé à étudier l’affaire avec la commande en contrepartie.
Pendant ce temps, Fouquet va visiter le commissariat de police local où on lui fait des compliments sur la beauté de son chrono PN… (Hommage à nos commissaires qui passent les marchés.) Mais il ne doit de n’avoir pas eu de compte-rendu à faire à son retour à Dijon qu’à l’affirmation catégorique qu’il ne sait plus voler sans sa montre.

Direction Nairobi
Nous passons une nuit supplémentaire au « N’Goto Palace » où la bière (merci les Belges…) est la seule chose à peu près consommable. On se sent vraiment seuls dans un patelin de la forêt équatoriale lorsqu’on sait que personne n’est au courant de l’endroit où l’on se trouve. Qu’il n’y a ni téléphone, ni télex et que l’on est démuni de son passeport. Pour leur remonter le moral, nous essayons de persuader nos compagnes d’infortune qu’elles constituent notre dernière monnaie d’échange.
Le surlendemain matin, enfin, tout s’arrange. Avant le départ, j’emmène le citoyen commandant d’aérodrome faire un tour de Régent. Ignorant la force centrifuge, il se cramponne sec dans les virages… mais tire de son vol un prestige certain auprès de son personnel. Pour nous remercier, il nous autorise à contempler (et à prendre des renseignements si on le désire) sa documentation aéronautique constituée d’une carte de radio-navigation de l’Europe du nord datant de 1962 autant que je m’en souvienne. Si un responsable du service de la documentation aéronautique lit ces quelques lignes, qu’il soit assez aimable pour ajouter ce terrain à la liste de ses abonnés.
Septième étape : Bunia – Nairobi, 4h de vol
Les passeports arrivent enfin et c’est le départ pour Nairobi. Après avoir franchi le Lac Mobutu, (ex Lac Albert), nous survolons l’Ouganda avec une pensée émue pour Amin Dada. Notre hôte, le citoyen commandant de la base, nous dit qu’il fusille trop de personnes et que cela empêche l’économie du pays de décoller… Puis nous découvrons un spectacle impressionnant, celui du Lac Victoria ; le franchissement de l’équateur est diversement apprécié par les navigatrices qui se font arroser. Nous voilà sur les rives du Kenya. La densité des habitations y est très forte, dans sa partie ouest notamment. Nous nous posons enfin à Nairobi. A côté des villes précédentes, Nairobi offre un contraste saisissant. Tout y est entretenu avec un soin typiquement britannique. Les gens sont d’une éducation parfaite. Il ne manque que la Tamise…
Vais-je vous surprendre en vous disant que nous nous précipitons au Hilton du coin ? Après un bon décrassage, nous fêtons joyeusement notre « libération ». Nous nous délectons de la « chief salad » avec du beaujolais. (J’en profite pour faire remarquer à la direction de la chaîne Hilton que le beaujolais ne se boit jamais « chambré » surtout au Kenya).
Mais nous avons pris du retard au Zaïre, nous ne pouvons malheureusement plus faire de tourisme. C’est bien dommage car le pays est attirant.