Huitième étape : Nairobi, Moroni, Dzaoudzi, 8h de vol

Le lendemain nous décollons entre un DC 8 et un Boeing 747, sans nous laisser impressionner. Nous passons à une cinquantaine de kilomètres du Kilimandjaro recouvert de son blanc manteau. (Ah les neiges du…). Malheureusement, son sommet est en partie masqué par les nuages. La météo nous annonce une très forte activité du F.I.T. entre Dar es Salaam et le Kilimandjaro… Aucun renseignement sur les Comores ne nous parvient, la liaison ne pouvant pas s’établir. Le temps se couvre effectivement de plus en plus. Ne pouvant passer, nous nous retrouvons en « radada » au-dessus de l’Océan Indien. Alors que nous n’y croyons plus, un passage apparaît au-dessus de l’île de Zanzibar. Son survol ne nous explique pas l’inspiration que cette île a pu laisser aux romanciers d’espionnage. Enfin, après avoir été copieusement arrosés et secoués, nous trouvons un ciel de traîne ponctué d’énormes cumulonimbus sur l’océan.

Le fameux Kilimandjaro

Nous faisons à l’estime trois heures de vol au niveau 120 au-dessus de l’Océan Indien, l’œil rivé à l’indication V.O.R. guettant le premier frémissement de l’aiguille. Ce parcours nous est imposé par le refus catégorique de la Tanzanie de se poser sur son territoire… Elle nous en a même refusé le survol ! Pourtant, rien, à aucun moment, ne pouvait laisser penser que nous étions en route pour l’Afrique du Sud. Les visas pour ce pays, qui ne sont jamais apposés sur le passeport, étaient soigneusement rangés dans un sac. Nos passeports nous donnent comme étudiants, les avions sont immatriculés en France, nous sommes donc quatre jeunes touristes…

Ceci montre que, de par le monde, encore beaucoup de pays sont fermés au tourisme. Le Dinghy à portée de main nous donne l’illusion de la sécurité. Enfin, après sept heures de vol sans escale (la plus longue étape) nous apercevons l’île de la Grande Comore, très escarpée et très verte. Nous faisons la finale sur la ville et le port de Moroni.

Dans l’attente, encore…

A peine posés, des militaires Comoriens demandent alors à fouiller entièrement les appareils. Tout en examinant les chaussettes sales qui sont les seules choses que nous n’ayons pas osé déclarer, ils nous annoncent que, n’ayant pas sollicité d’autorisation diplomatique pour nous poser., ils sont dans l’obligation de nous emmener à la « Maison de la Défense ». Deux soldats, armés de MAT 49 rouillées, sont là pour s’occuper de nous. Nous nous retrouvons dans la salle d’attente d’un immeuble, qui devait être l’hôtel de ville. Là je dois avouer que, fatigués par l’étape, la perspective de se retrouver encore arrêtés pour quelque temps ne porte pas notre moral au plus haut. C’est l’œil triste que nous regardons la végétation luxuriante de l’île pourtant si belle.

Moroni, Comores

Autour de nous, dans la salle d’attente, c’est le spectacle bigarré des indigènes. Tenant sous le bras poulets ou canards, vraisemblablement pour s’acquitter de l’impôt, une pancarte nous indique que le Ministère des Finances se trouve également dans la bâtisse. Après une petite demi-heure, nous sommes reçus par un jeune civil qui chasse la « gent militaire ». Il s’enquiert du bon déroulement de notre voyage et des raisons de notre atterrissage. Nous lui répondons que c’est pour l’huile des moteurs et la vessie des passagers. En fait, nous avions oublié que trois des îles des Comores étaient souveraines depuis peu. Il nous souhaite un bon voyage, en regrettant que les relations franco-comoriennes se soient si brutalement arrêtées et en nous assurant de la sympathie des citoyens comoriens.

Mayotte

C’est un soupir de soulagement pour nous tous. Et nous voilà repartis pour Mayotte, île résolument française. Pour exprimer notre joie de nous retrouver sur une miette de la France, nous annonçons que nous allons faire un patrouille serrée, radada, « peel-off », et c’est l’atterrissage. En regardant, les hautes herbes qui bordent la piste, je découvre des fleurs bizarres qui, en fait, s’avèrent être des képis de gendarmes bien de chez nous et non des fleurs exotiques. Ah ! Que les gens de Mayotte sont bien gardés ! Un doute s’installe lorsque nous constatons que nous sommes encadrés par des jeeps aux 12,7 mm en batterie.

Nous n’aurons donc pas besoin de sortir le drapeau blanc, car nos mines n’ont pas l’air trop patibulaire. Ces braves gendarmes avaient tout simplement cru à une attaque des autres îles, comme cela arrive de temps en temps paraît-il… Ils semblent surpris que nous n’ayons pas été mangés tout cru à Moroni. Nous déclinons grades et identités, ce qui leur évite de verbaliser. Nous faisons connaissance avec les légionnaires de l’île qui nous invitent à leur popote. Nos affaires sont déposés à l’hôtel du Rocher tenu par un ancien mécanicien de l’escadron 2/2 Côte d’Or. (L’aviation mène à tout !) Ensuite, nous sautons dans une jeep qui nous emmène à la Légion.

Après de nombreux apéritifs, nous voici autour d’une table aux mets bien français, arrosés par un petit rosé qui réjouit le palais. Par la suite, nous nous livrons à une étude comparative de « sabrage » de bouteilles de champagne, ce qui fait que de nombreux goulots y étant passés, les libations furent abondantes. L’ancien mécanicien du 2/2 ne nous fait pas un prix d’ami… Et les 2 ou 3 heures de sommeil, bien que payées à prix d’or, n’en sont pas plus reposantes. C’est avec des yeux en « capote de fiacre » que nous rejoignons au petit jour le terrain.

Les îles sont proches les unes des autres

Aparté

J’en profite donc pour vous conter rapidement l’histoire des Comores : Perdues dans l’océan Indien, françaises par hasard, ces îles n’offrent aucune ressources. Sans intérêt stratégique pour la France, celle-ci n’a pas freinée leur désir d’indépendance, mais les y aurait plutôt invité dit-on. L’île de Mayotte, aux habitants un peu moins courageux que les autres, a eu très peur de se retrouver sans ressources et a préféré rester dans le giron français. Cet état de fait ne plait pas aux autres îles. Elles n’hésitent pas, à l’occasion, à faire des débarquements avec les DC4 d’Air Comores… Le climat, avec une très forte chaleur et un degré d’humidité oscillant entre 90 % et 100 %, est, aux dires des coopérants, très dur. La malaria est, paraît-il, particulièrement pernicieuse. Cependant, les fonds sous-marins de Mayotte, entourée de coraux, sont d’une richesse fantastique.


Marc Antoine

Marc Antoine est un jeune pilote et il est rédacteur depuis 2019.